MarionéTiK ThéâTre

Artiste associé à MarionéTik ThéâTre

Philippe Millet – Marionnettiste

A l’âge de 14 ans, je me souviens avoir levé la tête en cours de physique, et de nous voir tous penchés sur nos bureaux a été une révélation. Je me suis alors dit devait être possible de choisir ce que je voulais faire. L’année suivante, en écoutant une conteuse venue un dimanche après midi au collège, j’ai oublié la salle de classe dans laquelle j’étais et j’ai compris qu’il existait autre chose.

Il m’a bien fallu encore quelques années avant de céder définitivement ma place sur un banc de la fac, et aller à la rencontre du monde d’une autre manière qu’en position assise. J’étais fasciné par le spectacle vivant mais sans oser croire que c’était pour moi. Et un jour de 1999 j’y suis allé. La route a été sinueuse mais ça continue…
Vivre et faire vivre une histoire, et parler au jeune public ont longtemps été mes moteurs principaux. La marionnette est arrivée petit à petit, et depuis 2008 elle est le médium principal que j’utilise dans les spectacles que je crée au sein de la Compagnie Nez sur Terre jusqu’en 2020.

Aujourd’hui je continue de fabriquer des spectacles sous le projet artistique MarionéTik ThéâTre.
Créer et jouer, il m’arrive aussi d’apporter mon regard sur d’autres créations.

INTENTIONS ARTISTIQUES

Ce que j’en pense…

Le spectacle vivant est une rencontre physique entre des personnes qui viennent assister à une représentation et un ou des artistes qui partagent leur travail.
C’est divertissant la plupart du temps mais ce n’est pas le plus important.
Lorsque l’on va au spectacle on se déplace vers un lieu, avec sa famille , des amis, seul, et on y croise ou recroise ses voisins, connaissances, inconnus. On s’installe dans cet endroit pour y découvrir une oeuvre, rencontrer un univers. On y consacre le temps qu’il faut, on se rend disponible, on a fait la démarche de venir. Certes on est spectateur, mais notre démarche est active, consciente et fondée sur des choses comme l’envie, la curiosité, la sociabilité, et le partage.
Parce qu’on peut parler de ce qu’on a vu, et d’autres choses aussi avec les gens que l’on rencontre, et bien souvent il se passe des choses imprévues et le plus souvent joyeuses.
En ça venir au spectacle est une mise en mouvement de son être, son être au monde.

Et puis dans le spectacle vivant il y a cette chose singulière et qui peut paraître un argument futile à l’époque du numérique, de l’image partout tout le temps, c’est la présence des comédiens.
Je veux dire la présence physique. C’est à dire que le moment vécu par toutes les personnes présentes est singulier.
Singulier et unique puisque le spectacle ne sera pas joué deux fois au même moment, ni deux fois de la même façon. Ceci est intéressant, mais ce qui l’est plus dans la présence physique c’est que ce qui se joue n’est pas seulement un texte, des images, de la musique, mais c’est un échange sensible, presque tactile.
L’énergie échangée par la vibration des sons, les sensations, les émotions vécues, les souffles et les rires ne peut pas l’être de cette façon à distance ou à travers un écran.
Lorsque l’on voit un tableau ou une sculpture on peut imaginer, observer, ressentir les gestes du peintre ou du sculpteur. Lorsque l’on voit un spectacle vivant on est avec le comédien lorsqu’il le fait. On peut le vivre les yeux dans les yeux avec lui.
Au delà de la dimension artistique, venir au spectacle vivant est une expérience d’échange , de partage et de présence à soi et aux autres.
Alors oui on ne peut pas accueillir des centaines de personnes devant un spectacle, ou alors les spectateurs regardent de loin parfois sur un écran géant, et écouter à travers une sonorisation. L’expérience change quand c’est comme ça. Le moment est moins singulier, moins physique, moins sensible, ça devient autre chose.
Parfois on ne peut accueillir que quelques personnes à la fois, lorsqu’il s’agit d’enfants petits quelques dizaines, pas plus sinon on ne goûte plus la même expérience. Alors oui ça pose la question des moyens, financier, humains pour permettre ces moments.

Sur la question du jeune public, et du très jeunes (en dessous de 3 ans), je pense que l’artiste qui propose un spectacle ne doit pas répondre à un cahier des charges dit « éducatifs » à savoir en vue d’instruire ou de moraliser.
J’ai eu le retour d’une assistante maternelle venue avec les enfants qu’elle gardait à un spectacle qui disait que le spectacle que je jouais était inintéressant car il n’y avait pas de texte, pas de mots, seulement quelques uns et des plus basiques.
Si on présente un spectacle, c’est pour raconter une histoire (quels que soient les médiums utilisés), et cette histoire va faire vivre une expérience au jeune spectateur.
Il va pouvoir de sa place vivre et ressentir des choses avec une distance qui va lui permettre de ne pas être pris à partie.
C’est je crois une des choses très importantes au spectacle vivant, car on le vit avec d’autres au même moment et au même endroit. Encore une fois c’est la notion du partage et de la rencontre physique.
Il s’agit pour l’artiste de proposer quelque chose qui parte de soi.
La scène est un espace d’expression personnelle, tourné vers les autres , de partage et d’échange.
Il est important que le propos ne soit pas dicté ni commandé par une morale ou un soucis instructif, car pour cela il existe des lieux dédiés qui sont l’école, les églises, et d’autres.
Ce qui est important je crois c’est que l’artiste soit sincère avec ce qu’il exprime, et qu’il ait le respect des personnes avec qui il va le partager. Et à cet endroit il ne s’agit pas de politesse mais de respect de la personne. De surcroît lorsqu’il s’agit de jeune public, il est nécessaire de respecter le stade d’évolution psychologique et culturel de l’enfant, afin de pouvoir établir un dialogue et surtout de l’accompagner dans son processus de développement personnel, psychologique et émotionnel.
C’est être avec, parler avec, vivre avec.

La place de l’artiste.
C’est une question qui se pose dans la société, j’aimerai qu’on la pose de façon personnelle et individuelle.
Il est souhaitable que chacun d’entre nous puisse nourrir sa partie « artiste » qui est vitale. Au même titre que bien d’autes parties de nous qui mises ensemble forment notre être et notre individu.
La scène est un espace dédié à l’expression de soi, à l’art, et cet endroit n’est pas un lieu privilégié mais un lieu commun.
On a parfois tendance à croire que c’est un endroit où tout le monde ne va pas, où tout le monde n’a pas le droit d’aller. Or c’est bien sûr un droit, mais aussi une possibilité disponible pour tous.
Donc être sur scène est d’abord un choix libre et conscient, ce n’est en rien un privilège ni un pied d’estale. C’est un espace de rencontre et de partage.
C’est un espace où on ose parler, où on prend le risque de le faire, ce n’est en rien une vitrine à égo ou à idées, c’est aussi l’épeuve du pas dans le vide, du vertige et du vivant.
C’est un espace ouvert dans la société qui existe depuis longtemps et qui persiste, sans doute parce qu’il est nécessaire, c’est ce que j’ai tendance à penser. Ce doit aussi être un espace ouvert chez chacun d’entre nous, c’est ceci le plus important, et je crois que la scène est la matérialisation sociale de cette nécessité.
Cette nécessité ne rapporte pas d’argent, de fait pas la cuisine ni le ménage….mais en est une qu’il ne faut pas négliger trop longtemps pour les individus comme pour les sociétés.